Agressions sexuelles chez les mineurs en france : quelques chiffres
Violences sexuelles sur les mineurs en France : chiffres clés et repères
Je reçois régulièrement des patient·e·s dont l’histoire de vie a été marquée par des agressions sexuelles dans l’enfance. Les chiffres, lorsqu’on les regarde avec lucidité, permettent de mesurer l’ampleur de ce phénomène dans notre société et rappellent à quel point il reste un vaste champ de prévention, d’écoute et d’accueil et de soins encore à développer.
Avant tout, il est essentiel de rappeler une chose : personne n’est jamais obligé·e d’évoquer un événement traumatique, même en thérapie, tant que cela ne semble pas juste ou sécurisant pour le patient. Le travail du soin commence toujours par la sécurité, pas par la réouverture de la douleur.
Mais lorsque les conditions sont réunies, lorsque la confiance et la sécurité sont là, pouvoir déposer cette parole, souvent longtemps retenue, parfois indicible devient une étape profondément libératrice, un point d’appui vers la reconstruction.
Ce que mes patient·e·s doivent retenir
En France, les violences sexuelles pendant l’enfance sont fréquentes et largement sous-déclarées. Elles surviennent souvent dans l’entourage proche, commencent tôt et ont des conséquences importantes, mais se soignent : un accompagnement trauma-informé permet de restaurer sécurité et confiance.
Prévalence (nombre de personnes concernées au cours de l’enfance, avant 18 ans)
- Toutes violences sexuelles (tous contextes confondus) : 13 % des femmes et 5,5 % des hommes déclarent au moins un fait avant 18 ans. Cela correspond à environ « 1 fille sur 8 » et « 1 garçon sur 18 ».
- Violences à caractère incestueux (intra-familiales stricto sensu) : 4,6 % des femmes et 1,2 % des hommes rapportent des violences incestueuses avant 18 ans. Si l’on ajoute les violences para-familiales (proches de la famille), on atteint 6,8 % des femmes et 1,9 % des hommes.
- Âge de survenue : une part importante débute avant 11 ans ; dans le cadre familial, l’âge médian est de 7 ans (filles) et 8 ans (garçons).
- Où cela se produit-il ? Pour les victimes les plus jeunes (0–9 ans), la sphère familiale domine ; à l’adolescence, la part extra-familiale (scolaire, loisirs, religieux, pairs) augmente. Les auteurs sont majoritairement des hommes.
Incidence annuelle (nombre de nouveaux cas par an)
- La CIIVISE (👉 Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants).
Cette commission a été créée en 2021 par le gouvernement français), estime qu’environ 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France (tous contextes, pas uniquement intrafamiliaux).
Pourquoi distinguer intra-/extra-familial ?
- Les violences intra-familiales (inceste au sens du Code pénal) brisent le lien d’attachement et la sécurité de base : elles sont souvent répétées, commencent plus tôt et la révélation est plus difficile. Les violences extra-familiales surviennent davantage à l’adolescence et incluent le milieu scolaire, sportif, religieux ou les pairs. Mais évidemment une agression est toujours violente quelque soit la tranche d’âge.
Repères juridiques essentiels (France)
- Depuis la loi n° 2021-478 du 21 avril 2021, le Code pénal reconnaît explicitement l’inceste : viols et agressions sexuelles incestueux (articles 222-22-3, 222-23-2, 222-29-3). Les peines vont jusqu’à 20 ans de réclusion (viol incestueux), et 10 ans / 150 000 € pour agression sexuelle incestueuse (hors viol), avec aggravations possibles.
Message clinique
Ce n’est jamais la faute de l’enfant. Parler, être cru·e, être protégé·e, c’est déjà se soigner, et le cabinet de sexologie peut être un lieu de prise en charge. Les approches psycho-trauma (TCC-trauma, EMDR, thérapies d’attachement, travail somatique) réduisent les symptômes et aident à reconstruire la sécurité relationnelle et sexuelle.
Bibliographie scientifique (récentes et officielles)
Marsicano É., Bajos N., Pousson J.-E. Violences sexuelles durant l’enfance et l’adolescence : des agressions familiales dont on parle peu. Population & Sociétés, n° 612, INED, juin 2023. (Inclut les estimations 4,6 %/1,2 % incestueuses et 6,8 %/1,9 % intra + para-familiales.)
INED (version anglaise). Sexual violence against children and adolescents: Family and para-family contexts. Population & Societies, June 2023. (Synthèse des chiffres intra/para-familiaux.)
Ministère chargé de l’Enfance. Dossier de presse – Violences sexuelles faites aux enfants (sept. 2023) : 13 % femmes / 5,5 % hommes avant 18 ans ; âge précoce en contexte familial.
CIIVISE. Rapport public – On vous croit (17 nov. 2023) : ordre de grandeur ~160 000 enfants/an.
Vie-publique.fr (synthèse 2025) : répartition par âges et milieux ; auteurs majoritairement masculins.
Légifrance. Loi n° 2021-478 du 21 avril 2021 (création des qualifications d’inceste et renforcement de la protection des mineurs).





